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19 novembre 2014 3 19 /11 /novembre /2014 10:00

Notre-Dame des Landes. Sivens. Mais aussi des cultures expérimentales d'OGM, jugées utiles et autorisées par les autorités compétentes, mais saccagées par des faucheurs. Et pour inaugurer ce type de conduite, ce chantier de construction d'un Mc Do à Millau parfaitement en règle, et dont l'attaque (hypocritement rebaptisée ensuite « démontage ») par un commando emmené par José Bové avait assuré la naissance médiatique du personnage.

Le problème posé est le suivant : y aurait-il parmi nous, en laissant de côté les ennemis patentés de la démocratie nostalgiques des fascismes, dont il n'y a pas à parler ici, des gens pour qui l'attachement aux institutions démocratiques est en réalité conditionnel ? Tant que les élus et les autorités auxquelles les élus délèguent des pouvoirs ne prennent que des décisions que ces gens approuvent, tout va bien. Mais si les décisions prises en suivant les procédures instituées par la démocratie ne leur conviennent pas, ils se reconnaissent le droit de les déclarer illégitimes au nom de leurs propres convictions, et d'en entraver physiquement la mise en œuvre. C'est ce que j'appelle la démocratie conditionnelle, et je trouve cela dangereux.

Je connais leur réponse. À leurs yeux ils sont les vrais démocrates, car, disent-ils, la décision a été prise de manière opaque, sans vrai débat public. À supposer même, cela arrive en effet, que la première décision ait été prise sans grande discussion, au moment où malgré leur protestation on décide d'ouvrir le chantier cela fait des mois ou des années que je peux lire, dans les pages débats du Monde par exemple, une foule d'articles pour et contre, et prétendre qu'il n'y a pas eu débat est contraire à la vérité. C'est très net dans le cas de Notre-Dame des Landes. Cela me fait penser – ce rapprochement va peut-être leur déplaire – à l'attitude de certains opposants au mariage gay qui au moment des votes parlementaires du printemps 2013 protestaient qu'on leur avait refusé tout débat alors que je lisais sur le sujet depuis six mois des contributions en sens divers, attestant un vrai travail de réflexion quelle qu'en soit la conclusion.

En vérité, on a l'impression que pour certains un débat n'est authentique que si à la fin on leur donne raison.

Suis-je en train de refuser à des opposants le droit de continuer à protester publiquement après qu'une décision a été prise contre leur avis ? Non point, et je crois bien avoir encore défilé contre des dispositions injustes d'une réforme des retraites après leur adoption. Mais tenter d'entraver physiquement la réalisation est autre chose. Cela suppose qu'on s'érige en instance d'appel de caractère privé, supérieure aux institutions démocratiques.

Le problème est alors posé de savoir si ces actes d'obstruction peuvent être qualifiés de pacifiques, comme on le prétend à propos de ceux qui occupent un chantier contesté, et si la seule violence est celle des C.R.S. envoyés les déloger. Il me semble que se servir de son corps pour empêcher l'exécution d'une décision régulière est au moins un acte de force. Et pour ce qui est de savoir en quoi consiste une vraie action non violente, je fais appel à mes souvenirs. Je me souviens, au temps de la guerre d'Algérie, d'une manifestation résolument pacifique devant la préfecture de Dijon, contre la torture ou pour l'autodétermination des algériens, je ne sais plus. Invités par le commissaire à évacuer la place, nous nous sommes assis, manifestant notre résolution de ne pas bouger. Les policiers nous ont alors saisis par les pieds et les épaules pour nous jeter dans leurs fourgons. Nous ne leur avons opposé que notre inertie, sans le moindre geste brutal. La portée de notre manifestation devant l'opinion locale était d'ailleurs à ce prix. Il n'était question ni de jeter des pierres, ni d'allumer des fusées de détresse, ni de lancer des cocktails Molotov, comme ce fut le cas à Sivens lors de la nuit tragique.

D'où vient ce goût pour la démocratie conditionnelle ? Je crains que trop de militants écologistes ne soient persuadés non pas à 90 % mais à 100 % d'avoir raison. 33 voix sur 36 en faveur d'une décision (vote du Conseil général du Tarn sur Sivens), ce n'est certes pas la garantie incontestable qu'elle est valable, mais cela devrait au moins pousser l'opposant à s'interroger. Pour accepter d'être mis en minorité dans des institutions démocratiques, il faut garder un peu de doute sur ses propres convictions. La foi religieuse elle-même préserve normalement une part d'interrogation. La certitude à 100 % c'est bientôt le fanatisme. Garder, ne serait-ce qu'à 10 %, l'idée que l'autre en face de moi pourrait avoir raison plus que je ne pense, ce n'est pas de la faiblesse ou de la compromission, c'est tout simplement respecter l'autre et respecter la vérité.

Et en plus c'est nécessaire à l'exercice équilibré de la démocratie.

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commentaires

M
Article intéressant en effet. Je me demande si nous n'avons quand même pas un problème de représentativité des instances élues dû au mode de scrutin. Lors des dernières élections municipales dans ma commune où s'affrontait deux listes seulement, avec un résultat d'environ 55/45, le conseil municipal est constitué de 26 elus de la liste sortie en tête et 7 élus de la liste "battue". Ce conseil ne me semble pas représentatif de l'expression des votants. La constitution systématique d'une majorité par le processus de vote n'oblige pas les élus à des débats très poussés.
Merci Michel de nous donner matière à réflexion.
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F
D'accord avec l'article de Michel Poirier... Peut-être la faiblesse de Hollande (ou son sens de la négociation, si l'on veut) contribue-t-elle à renforcer les mouvements contestataires "hors-la-loi"... Mais j'ai peur que ces mouvements, en fait, ne contribuent qu'à consolider des partis qui se veulent forts comme le Front National...
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M
Bien argumenté cet article. J'ai apprécié le titre "Démocratie conditionnelle", qui pose bien le problème. Effectivement certains groupes se posent "en instance d'appel à caractère privé, suppérieure aux instances démocratiques". Beau plaidoyer pour la démocratie représentative et l'ouverture d'esprit.
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  • : Michel Poirier
  • : Où il est question de grec ancien, de latin, de Pères de l'Église, de peinture (Guermaz, Colette Dubuc), de sculpture (Auliac, Manoli), d'œcuménisme ...et même de réactions à l'actualité
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