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1 juin 2016 3 01 /06 /juin /2016 19:47

Faire grève, c’est s’abstenir d’aller travailler, dans le cadre d’une cessation collective et concertée du travail en vue de la satisfaction de revendications.

Le droit de grève, c’est le droit de participer à une grève, de cesser le travail sans pour autant être considéré comme démissionnaire de son poste et sans risquer d’autre sanction que la perte du salaire correspondant au travail non fait.

Quand, du fait d’une grève largement suivie, des transports ne sont pas assurés faute de conducteurs, des biens ne sont pas produits et manquent dans les magasins, de l’électricité n’est pas produite entraînant des coupures de courant, des avions sont cloués au sol du fait de l’absence de pilotes ou de contrôleurs du ciel en grève, etc. c’est désagréable pour les usagers, cela peut être extrêmement gênant, mais c’est simplement l’usage régulier du droit de grève.

Quand l’employé d’une compagnie, qu’il se déclare gréviste ou non, vient sur le lieu de travail et arrête le fonctionnement d’une machine qui n’avait pas besoin de son travail pour être en marche, ou ferme un robinet alors que la production, de courant électrique par exemple, était suffisante pour servie les clients, ce n’est plus de la grève, c’est du sabotage de la production ou du service, et les usagers subissent une agression.

Pour le blocage de routes, de ports, de voies ferrées, d’entrées d’usines ou de magasins, je propose de relire « Un blocus n’est pas une grève ».

Il n’est pas honnête d’entretenir la confusion. Ni le blocus ni le sabotage ne sont de la grève.

Si les ordures ne sont pas ramassées dans ma rue parce que la majorité des éboueurs est en grève, c'est l'exercice du droit de grève, c'est respectable. Si elles ne le sont pas parce que les bennes n'ont pu sortir à cause d'un blocage alors que suffisamment d'éboueurs étaient au travail, c'est une agression contre les usagers, et ceux qui participent à cette agression compromettent l'honorabilité de leur syndicat.

Si je ne peux prendre le train parce que du fait d'une grève on manque du personnel nécessaire, c'est l'exercice du droit de grève, c'est respectable. Si des grévistes, ou d'autres venus leur prêter main-forte, descendent sur les rails, y mettent le feu à des pneus ou des cageots pour empêcher de circuler les trains qui le pourraient, c'est du sabotage. Et quand la grève, comme c'est en ce 9 juin le cas à la SNCF, ne rallie qu'une fraction minoritaire du personnel, le sabotage manifeste un refus de considérer les droits de la majorité, une volonté d'imposer des vues minoritaires. Ces attitudes ne constituent-elles pas un danger pour la démocratie ?

 

Un blocus n'est pas une grève

Sous ce titre j’avais écrit, il y a au moins quinze ans, le texte que voici :

Faire grève, c'est refuser pour un temps de travailler. Celui qui fait grève prive les gens (son patron, les usagers d'un service) de son travail, c'est-à-dire de quelque chose qui lui appartient en propre : pour preuve, ce travail ne lui est payé qu'une fois qu'il a été livré, et la grève interrompt le droit à rémunération, le salaire mensuel est alors amputé en proportion. Qu'il soit postier, cheminot, enseignant ou ouvrier d'usine, le salarié en grève ne vole personne, quelle que soit la gêne causée au public par son abstention (je ne veux pas dire qu'il n'ait pas à tenir compte de cette gêne au moment de prendre sa décision).

Lorsqu'un paysan s'abstient de livrer son lait à la laiterie, qu'un camionneur laisse son camion au garage, qu'un pêcheur laisse son bateau à quai et n'a pas de poisson à mettre en vente, il est gréviste, et la sanction financière qui en découle pour lui est analogue à la retenue sur salaire que subit le salarié en grève. Lui non plus ne vole personne.

Mais le paysan ou le camionneur qui obstrue une route, une rue, une voie ferrée pendant plus longtemps que la durée normale du passage d'un défilé autorisé, le pêcheur qui bloque un port, c'est autre chose. Il prive les gens de quelque chose qui ne lui appartient pas en propre. La route, la rue, le chemin de fer, l'entrée d'un port, sont la propriété indivise de tous, pas d'une profession particulière. Interdire aux autres l'accès à ce bien commun (…) ce n'est pas une grève, et cela ne peut se prévaloir de la légitimité reconnue, jusque dans notre Constitution, à la grève.

Michel Poirier, salarié et syndiqué durant 39 ans, avec quelques grèves.

Ce texte est toujours d’actualité. J’ai envie d’y ajouter quelques mots.

Quand se déclenche une grève des instituteurs ou des transports parisiens, le journal télévisé interroge devant les écoles ou les gares les parents ou les usagers dont la vie a été compliquée par la grève, et met en relief la gêne causée. Je n’ai pas vu qu’on soit allé demander leur réaction et leur déplaisir aux gens qui voici quelques mois n’ont pu entrer dans Vannes ou dans Caen pour y travailler comme chaque jour. Deux poids deux mesures ? Veut-on ainsi faire payer aux fonctionnaires ou aux salariés en grève le fait que leur action est légale, et qu’on ne peut pas les envoyer en prison ?

Et lorsqu’à la radio ou à la télévision un journaliste qualifie de « grève » un blocus de route, ne nuit-il pas aux bloqueurs eux-mêmes en leur faisant croire que leur acte est légal et protégé par une disposition constitutionnelle, ce qui est faux et peut leur donner une sécurité illusoire ?

 

 

 

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