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6 juin 2017 2 06 /06 /juin /2017 16:04

            Affaire Ferrand. Revenons aux réalités.

            Le 25 janvier 2011, le Conseil d’administration des Mutuelles de Bretagne, qui cherchait à louer un local à Brest, s’est trouvé en face de trois propositions. Il a retenu l’offre qui était la moins chère (ce n’est pas contesté, même si beaucoup de journalistes et de polémistes passent le plus rapidement possible sur ce fait, pour qu’on l’oublie) pour un local qu’il considérait comme le mieux adapté.

            Seulement voilà. La personne qui a présenté cette offre était Sandrine Doucen, la compagne de celui que la mutuelle employait alors comme son Directeur général, Richard Ferrand, et cette transaction permettra à Mme Doucen de s’enrichir à terme. À terme, car dans l’immédiat cela lui a fait contracter des dettes, qui lui seraient restées si l’affaire avait capoté au bout de peu d’années.

            La chose est jugée aujourd’hui scandaleuse, « immorale » même si elle est légale. Accusation de favoritisme, de prise immorale d’intérêt, etc. Le Conseil d’administration n’aurait pas dû retenir cette offre, ou, mieux encore, le couple Ferrand n’aurait pas dû la présenter.

            Les censeurs qui raisonnent ainsi ne voient pas (ou plus exactement, s’ils ne sont pas idiots, ils font semblant de ne pas voir) que si les administrateurs avaient refusé l’offre, ou si le couple Ferrand ne l’avait pas présentée, les uns et les autres auraient agi contre les intérêts de la mutuelle, en la frustrant de la solution la moins chère et la mieux adaptée, en l’obligeant à se rabattre sur une solution moins avantageuse. Ils auraient nui à la mutuelle qu’ils servaient.

            Au nom d’une conception de la morale qui privilégie qu’on pourchasse tout ce qui peut donner lieu à du soupçon, on aurait voulu que Richard Ferrand et les autres personnes concernées causent un dommage bien réel aux Mutuelles de Bretagne.

            On marche sur la tête.

 

            Ce que je viens de constater et qui m’effraie – ce poids prépondérant qu’on se met à accorder au soupçon sur la réalité – m’amène à reprendre ma réflexion sur un autre sujet.

            Après le déclenchement de l’affaire Fillon, où il semble bien que des fonds publics ont rémunéré un « travail » largement fictif, j’avais accueilli favorablement l’idée d’interdire aux parlementaires d’employer comme assistant un membre de leur famille, afin d’éviter ce genre de dérive. La disposition va se trouver incluse dans la loi de moralisation de la vie publique préparée par M. Bayrou. Je suis moins sûr désormais d’y être favorable.

            Car des dizaines de parlementaires, dans le passé, ont recouru à de tels recrutements en versant un salaire normal (non gonflé au double comme celui de Mme Fillon) rémunérant un travail effectif et d’autant plus efficace que le recruté connaissait bien les activités parlementaires de son employeur. Que les cas de dérive malhonnête soient sanctionnés, rien de plus normal. Mais tout interdire, c’est rétrospectivement stigmatiser de nombreuses embauches parfaitement correctes, et pour l’avenir nous faire basculer dans un monde où le soupçon prime sur la réalité, où il ne suffit plus d’être effectivement honnête, où il faut en plus être insoupçonnable, où se placer dans le cas d’être à la fois honnête et soupçonnable est déjà considéré comme une faute punissable.

            Je ne veux pas vivre ni voir vivre ceux que j’aime dans un monde où le soupçon a plus de poids que la vérité des faits.

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