Le paradoxe des 35 heures
Il ne se passe pas de semaine sans qu’un membre de la majorité politique actuellement en place ne fustige les 35 heures, « folie », « catastrophe pour le France », etc.
C’est en 1998 qu’une loi a fait passer la durée hebdomadaire du travail de 39 à 35 heures, avec une application progressive de 2000 à 2002. Puis, dès 2002, le gouvernement a
changé, la majorité parlementaire a changé, et la droite est restée installée au pouvoir jusqu’à aujourd’hui.
Et voici le paradoxe : cette majorité, qui continue à se déclarer persuadée que cette loi est une folie, une catastrophe, pouvait parfaitement, si elle le
voulait, abroger cette loi, car elle occupait la Présidence de la République, elle dirigeait les gouvernements, elle était majoritaire à l’Assemblée et, jusqu’à l’automne dernier, au
Sénat. Mais elle n’a pas voulu l’abroger. Pendant plus de 9 ans !
À chacun de réfléchir là-dessus, et de conclure.
(javier 2012)
Attentats antichrétiens au Nigéria
On me communique le texte ci-dessous, écrit par l’archevêque catholique de Niamey (Niger) au retour d’un voyage à Abuja, dans ce Nigéria qui est actuellement ensanglanté par des attentats
perpétrés par une secte islamiste contre des chrétiens, et aussi contre d’autres musulmans, comme on le verra.
Compte-rendu de la mission à Abuja (Nigéria)
Il est 8 heures, ce vendredi 30 décembre 2011, lorsque l’avion présidentiel décolle de l’aéroport international de Niamey à destination d’Abuja, la capitale politique du
Nigéria. A bord, il y a le Ministre d’État, Ministre des Affaires Étrangères, un député de l’Assemblée Nationale, un Conseiller du Président de la République, le Président de
l’Association Islamique du Niger et moi-même, Archevêque de Niamey. Nous allons en mission officielle au nom du Président de la République du Niger apporter un message de compassion au peuple
du Nigéria, meurtri par les événements douloureux de la nuit de Noël où 50 chrétiens sont massacrés par la secte islamiste Boko Haram.
Le trajet entre Niamey et Abuja ne dure qu’une heure trente. Ce temps m’a suffit pour échanger avec Cheik Ismaël, le Président de l’Association Islamique du Niger
sur les relations fraternelles que nous entretenons au Niger entre Chrétiens et Musulmans tout en étant préoccupés par les courants extrémistes qui gagnent aussi du terrain au Niger.
Je lui ai signifié que cette année, des messages interdisant aux musulmans de participer aux fêtes de Noël étaient diffusés sur les téléphones portables. Je lui ai lu le
texte libellé ainsi : « Dans le cadre de la lutte contre les perversités en Islam, on rappelle au musulman que les fêtes du 24, 25 et 31 décembre sont formellement interdites. Nous ne sommes
plus ignorants. Le prophète (saw) a dit : quiconque imite un peuple fait partie de ce peuple. Donc n’imite pas les chrétiens. Faites passer l’info, svp. ».
Il n’est pas étonné du message. Lui-même en reçoit régulièrement pour lui dire qu’il n’est pas dans la droiture de l’Islam. « Tout cela nous vient de l’extérieur… et nous
devons être vigilants et combattre ensemble ceux qui veulent nous diviser… nous devons faire la paix et l’unité en interne, sinon, les diviseurs qui sont nombreux venant de l’extérieur et qui
nous guettent pourront profiter de notre faiblesse pour nous dresser les uns contre les autres. Monseigneur, tous les deux, nous sommes dans la même situation et nous ne devons pas nous
décourager …» me confiait-il en égrenant son chapelet que certains courants islamistes lui interdisent d’utiliser.
Pendant que nous échangeons, Monsieur le Ministre qui est assis en face de nous lit ses notes sur la secte Boko Haram que son chef de cabinet vient de lui remettre.
Boko Haram est un mouvement islamiste armé actif au nord-est du Nigéria. Ce mouvement prône un islam radical et rigoriste. Son idéologie est inspirée par les Talibans
d’Afghanistan et a probablement des liens aussi avec Al-Qaida au Maghreb islamique. Ses adeptes rejettent la modernité et visent à instaurer la charia dans les Etats au Nord du Nigéria. Boko
vient du mot anglais « book » qui veut dire « livre » et « haram » est un mot arabe qui signifie « interdit ». Tous les livres sont mauvais et interdits (symbole de l’éducation occidentale) un
seul livre est valable : le Coran.
Nous sommes accueillis à l’aéroport d’Abuja par l’Ambassadeur du Niger au Nigéria et par plusieurs autres personnalités de la ville. Après avoir bu un café chaud au salon d’honneur,
nous sommes allés en trombe dans les voitures noires officielles au centre ville d’Abuja. La sécurité du convoi est impressionnante. Les militaires casqués, vêtus de gilet pare-balles
tenaient leurs mitraillettes menaçantes. Ils étaient devant, au milieu et derrière. Je les sentais partout.
Après une heure de temps, grâce aux sirènes des cortèges officiels, nous arrivons rapidement à l’hôtel Hilton où le Ministre des Affaires Etrangères du Nigéria nous
accueille très aimablement. Notre anglais est faible comme leur français l’est, mais tout le monde parle hawsa. Nous n’oublions pas que certains peuples du Niger et du Nigéria sont frères et
qu’ils partagent la même culture et la même langue.
Après les salutations d’usage à l’ombre des drapeaux du Nigeria et du Niger, nous reprenons les voitures pour la Présidence de la République, bien éloignée du centre ville.
Nous franchissons de nombreux barrages militaires. Plus nous nous approchons du palais présidentiel, plus les militaires sont nombreux et armés. Tout est désert. Ces lieux sentent le danger
permanent, tout le monde a peur du pire !
La salle d’audience est austère mais bien organisée où chacun trouve sa place derrière son nom, son grade et son titre. Une noix de cola pour chacun à côté du micro
signifiait que nous étions les bienvenus. Le Président de la République Goodluck Jonathan est entré avec son éternel chapeau noir qui ne le quitte que pour la prière. Après les
salutations et les présentations faîtes par le Ministre des Affaires Etrangères du Nigéria, M Mohamed Bazoum, notre Ministre a présenté très succinctement l’objet de notre mission et a demandé
aux deux religieux de la délégation de faire une prière. L’Iman prononce une Fatiha en arabe et moi, en français, une prière circonstanciée sur la paix et le pardon à partir du « Notre
Père ».
Après avoir remis la lettre officielle du Président de la République du Niger dont nous avons deviné le contenu, Le Président de la République du Nigeria nous a remerciés
très chaleureusement pour cette visite qui le touche profondément. Il souligne l’originalité de cette mission composée de l’Iman et de l’Archevêque. C’est le signe que ce qui se
passe au Niger peut advenir aussi au Nigéria. Le Président a manifesté sa détermination à combattre la secte Boko Haram qui n’a rien à voir avec la religion et a demandé que les autres pays
frontaliers se mettent ensemble avec le Nigéria pour mener une guerre sans merci à ces meurtriers. Il nous a avoués que les membres de la secte sont déjà au Niger, au Tchad et au Cameroun. Le
lendemain, il fermera les frontières avec ces pays pour mieux traquer la secte qu’il qualifie de « cancer ». L’entretien n’a duré que 10 minutes. C’était suffisant pour déceler chez les
autorités politiques du Nigéria l’émotion de nous voir auprès d’elles pour traduire la compassion du peuple nigérien. Par la suite, on saura que le Niger sera le seul pays à se déplacer pour
manifester sa solidarité.
Nous sommes retournés à l’hôtel Hilton pour prendre le déjeuner de midi. Nous avons mangé agréablement dans le self-service du restaurant de l’hôtel. Le foie gras, le saumon
et le caviar me rappellent que nous sommes toujours dans l’octave de Noël.
C’est l’heure de la grande prière à la mosquée du Vendredi. Toute la délégation étant musulmane, l’Ambassadeur du Niger au Nigéria a voulu avec beaucoup d’attention mettre à
ma disposition une voiture pour que j’aille à l’Ambassade me reposer mais j’ai préféré accompagner la délégation à la mosquée. La délégation est entrée à la mosquée pour la prière et je suis
resté dans la voiture, avec interdiction formelle d’ouvrir les portières et de baisser la vitre par mesure de sécurité. Les militaires qui me gardaient étaient toujours présents mais cette
fois-ci avec beaucoup de discrétion.
De la cour de la mosquée, j’ai aperçu la croix de la cathédrale et je me suis mis à prier en communion avec tous ceux qui à cette heure priaient à quelques mètres de moi.
J’ai prié pour qu’il n’y ait aucune vengeance mais que le pardon soit premier, même s’il paraît impossible après ces tueries. Je me suis souvenu des paroles des Evêques d’Afrique au dernier
synode : « Ne pensez pas que le pardon ne sert à rien et qu’il vaut mieux tenter la vengeance : le vrai pardon, conduit à la paix qui va jusqu’à la racine du conflit et qui transforme les
victimes et les ennemis de jadis en frères et sœurs. »
J’ai prié aussi pour ces fanatiques qui continuent à perpétrer des actes ignobles, aveuglés par des intérêts égoïstes et qui n’ont dans le cœur que de la haine. J’ai prié
pour que leur cœur se transforme radicalement si du moins ils daignent écouter en vérité et fidèlement la voix de Dieu dont ils se réclament.
A nos yeux de chrétien et de musulman, soucieux du message de paix, de respect et de tolérance que Dieu nous enseigne, ces terroristes manipulés et embrigadés par des
idéologies destructrices ne peuvent aucunement se réclamer de Dieu. Leurs barbaries sans nom ne trouvent aucune justification nulle part, surtout pas dans les livres Saints. Je continue à
prier pour que les relations entre les hommes soient empreintes de vérité et d’amitié en bannissant les relations de méfiance à l’égard des autres. Que Dieu, source de toute paix, bénisse
les artisans de paix….
La prière terminée nous repartons à l’aéroport pour reprendre notre avion. A peine avons nous attachés nos ceintures pour le décollage que toute la délégation s’est assoupie
d’un sommeil profond. Il est vrai que « Dieu comble son bien aimé quand il dort » !
Nous serons réveillés à l’atterrissage pour répondre aux questions des nombreux journalistes qui attendaient caméra au poing notre arrivée. Ils ont tous la même question : «
Quel message leur avez-vous apporté ? » Monsieur le Ministre répondra d’abord : « Au Niger, nous ne pouvons pas rester insensibles à une pareille situation.. nous avons voulu témoigner aux
Nigérians notre soutien, notre solidarité, notre compassion et leur exprimer aussi le message dont nous avons voulu être le symbole… Le Niger fort heureusement, un pays de tolérance, aussi nous
avons voulu dire à ceux qui se comportent de cette façon au Nigéria qu’à coté d’eux, ici, au Niger, on a un autre sens de relation entre les confessions, nous vivons en très bonne harmonie.
Comme quoi, ce qui est en cause, ce ne sont pas les religions, mais plutôt les hommes qui ont des agissements politiques et, qui ne méritent pas de s’adosser à des religions pour se comporter
ainsi… » ensuite l’Iman de la Grande mosquée de Niamey répond en Zarma et moi-même j’ai dit que j’avais été heureux que le Niger ait pris cette initiative. Les événements du Nigéria
ont bouleversé les consciences des croyants chrétiens et musulmans et tous unanimement nous condamnons cette violence. La violence exercée sur des innocents ne peut jamais être la
résolution d’un conflit. Le résultat de la violence est connu d’avance. Elle détruit systématiquement et produit des massacres inutiles. Nous sommes allés dire que les vrais croyants ne peuvent
pas entrer dans la logique de la violence… et j’ai cité la réflexion d’un jeune musulman à qui je demandais s’il respectait le seul chrétien du village : « ton chrétien n’a pas de problème avec
nous parce que c’est notre ami. L’Islam et le Christianisme ne sont pas des routes parallèles ». C’est vrai, les parallèles ne se rencontrent jamais. Nos routes sont peut-être sinueuses mais
elles s’entrecroisent dans les échangeurs pour nous permettre de rouler chacun sur sa voie, dans l’écoute, le respect et la tolérance. Seul le respect du code de l’amour nous empêche le choc de
l’affrontement et nous fait parvenir dans la liberté là où nous voulons arriver.
A la sortie de l’aéroport, Issaka, le chauffeur, me dit que la secte Boko Haram vient de faire exploser une bombe à la mosquée de Maiduguri. Elle s’attaque aussi aux
musulmans.
Le lendemain, une forte délégation de dignitaires de la communauté musulmane est venue à l’Archevêché nous souhaiter « Bon Noël » et nous nous sommes promis de continuer à
fraterniser pour aller vers Dieu par nos chemins particuliers.
Fait à Niamey en cette journée mondiale de la Paix.
01.01. 2012
+ Michel Cartatéguy. Archevêque de Niamey.
À propos de la "règle d'or"
On m'a communiqué une récente intervention de J.-F. Copé qui, s'appuyant sur une déclaration de G. Schröder, exige de l'opposition
qu'elle se rallie à l'inscription dans la Constitution de la "règle d'or" instituant pour toujours l'obligation d'un strict équilibre budgétaire. Je trouve paradoxal (j'avais d'abord écrit
"indécent", mais il vaut mieux donner à chacune l'occasion de juger lui-même) qu'un parti, qu'un secrétaire général de ce parti, et un Président de la République sous le règne desquels la dette
de la France a doublé, et le déficit des comptes de l'État a explosé au cours d'années récentes, somment l’opposition de les aider à se refaire devant l'opinion une apparente virginité à l'aide
d'une "règle d'or " qu'ils n'ont jamais respectée jusqu'à présent.
Sur le fond, si je souhaite qu'Hollande et les députés PS, s'ils sont élus, ramènent en 2 ou 3 ans le déficit à 3% (comme Hollande s'y est engagé)
et continuent à le faire régresser ensuite, je ne souhaite pas qu'une disposition constitutionnelle pérenne brise d’avance les bras d'un gouvernement ultérieur (qui ne serait pas forcément de
gauche) face à une grave récession.
Ces considérations pourraient utilement nourrir les réflexions de J.-F. Copé, surtout le premier paragraphe. Quant à G. Schröder, depuis qu'à peine congédié
par les électeurs il a obtenu d'un partenariat avec le riche et monopolistique conglomérat russe Gazprom un job bien rémunéré qui le met hors d'atteinte des conséquences de ses propres
réformes, il n'est plus le mieux placé pour donner des leçons de socialisme aux socialistes français.
Quand des smicards assurent notre sécurité
Depuis qu’a commencé la grève des agents de sécurité dans divers aéroports, il a été beaucoup question du trouble causé aux voyageurs, c’est bien évidemment légitime, et aussi des propositions de réforme du droit de grève avancées par des députés UMP aussitôt en embuscade. Mais sur les raisons de cette grève, les médias nous ont d’abord dit seulement qu’il s’agissait de salaires et de conditions de travail, sans aucune précision.
Dans Le Monde du mardi 10 décembre j’ai enfin pu trouver des indications sur ce que gagnent ces agents : « Aujourd’hui la rémunération des 10 000 personnes qui travaillent sur ce secteur s’échelonne de 1 100 à 1 600 euros ». Ainsi la rémunération nette la plus basse, celle des nouveaux embauchés je suppose, dépasse de quelques euros le SMIC, et la rémunération la plus haute ne le dépasse que de moitié. Voilà pour les salaires des gens qui sont responsables de notre sécurité dans les airs face au terrorisme. Quant aux conditions de travail : « des pauses déjeuner de vingt minutes, selon la convention collective en vigueur ». On ne parle pas du stress, des passagers impatients, de l’attention à ne pas relâcher, des horaires changeants.
Encore m’a-t-l fallu, pour connaître ces détails, lire les petits caractères de l’article lui-même. Si je m’étais contenté (et qui donc ne s’en contente pas souvent ?) de me fier au titre en plus grosses lettres, j’aurais seulement lu : « La grève des agents de sécurité perturbe les vols à Lyon, Toulouse et Paris », avec en sous-titre : « L’UMP veut un préavis légal de 48 heures avant un arrêt de travail dans les aéroports ». J’aurais tout su de ce que veulent les députés UMP, qui ne sont pas au SMIC, mais je n’aurais rien su des conditions réelles de rémunération et de travail des grévistes.
Je rêve d’un journal qui titrerait, ou d’un présentateur de télévision qui annoncerait : « Les agents de sécurité des aéroports commencent au SMIC » ou bien « Les agents de sécurité des aéroports doivent déjeuner en vingt minutes ». Cela remettrait certaines indignations à leur place.
Je rêve.
Montebourg, Fabius et le Non à la Constitution européenne
Au cours de la campagne des primaires socialistes, Arnaud Montebourg a rappelé discrètement, mais à plusieurs reprises, qu’il avait voté Non en 2005 au référendum sur la Constitution européenne. Il voulait ainsi mettre en avant le sérieux de son engagement contre l’ultralibéralisme en économie. Pour attirer au second tour les électeurs de Montebourg vers Martine Aubry (qui avait voté Oui), Laurent Fabius a rappelé que lui-même, soutien de poids de la candidature Aubry, avait promu le Non. Le but de ce Non de gauche (à distinguer du Non souverainiste du Front National, de certains à droite et de Chevènement) était d’opposer une barrière efficace aux effets antisociaux des dispositions ultralibérales contenues dans certains articles du projet.
L’enterrement du projet de Constitution européenne a-t-il eu le moindre effet contre les excès de l’ultralibéralisme ? Aucun. Et s’il n’en a eu aucun, ce n’est pas parce que la volonté des votants aurait été trahie délibérément, c’est parce que c’était juridiquement impossible. Pourquoi ? Parce que le texte soumis au vote était destiné à se substituer à tous les traités européens signés antérieurement et à les rendre caducs. Que la nouvelle Constitution soit refusée, comme elle l’a été, les textes antérieurs restaient automatiquement en vigueur et ne pouvaient être modifiés qu’à l’unanimité.
Or toutes les dispositions ultralibérales du projet de Constitution, je dis bien toutes, étaient déjà présentes dans l’un ou l’autre des traités antérieurs et n’avaient été jointes, dans le texte soumis à référendum, aux règles nouvelles de fonctionnement des institutions que pour réunir en un seul texte tous les acquis des traités successifs. La lucidité imposait de prévoir que le rejet de la Constitution les laisserait subsister dans toute leur force, et n’abolirait que les quelques petits contrepoids, certes insuffisants, que certains négociateurs avaient réussi à introduire dans le projet. Il en a été ainsi, et quand le traité de Lisbonne, signé en décembre 2007, a repris la plupart des innovations concernant les institutions (présidence permanente du Conseil européen, extension des pouvoirs du Parlement), il s’en est tenu prudemment aux questions institutionnelles, pour le reste c’était trop tard.
Ceux qui ont participé au vote Non de gauche ont été trompés sur les effets possibles de leur vote. La suite n’a fait que confirmer ce à quoi, dès avant le scrutin, on pouvait s'attendre pour peu qu’on veuille bien regarder de près les textes et ce que prévoit le droit en matière de traités internationaux. Dans les conditions qui étaient celles de l’Europe à ce moment-là, aucune dynamique du Non dans deux pays sur une vingtaine ne pouvait balayer le droit. Il n’y a pas à s’énorgueillir d’avoir été marchand d’illusion.
(octobre 2011)
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Qu'aurait dit Louis XIV
si Colbert ou Louvois, après avoir commandé un rapport à certains de leurs subordonnés sur une question sensible, avaient prétendu soustraire ce rapport au regard de leur souverain ?
Le Monde du mardi 22 août informe que Luc Chatel, ministre de l'Éducation, a décidé de ne pas rendre public le rapport que l'Inspection générale vient de lui remettre sur la sécurisation du baccalauréat.
M. Chatel, comme hélas! trop de ministres de tous bords avant lui, oublie que d'après notre Constitution le souverain, en France, ce n'est pas une personne, c'est l'ensemble des citoyens, c'est le Peuple, et que celui-ci ne peut exercer pleinement et correctement sa souveraineté lors des suffrages si certains éléments détenus par ses serviteurs ont été dérobés à sa connaissance
(août 2012)
Même remarque à l'intention de M. Frédéric Mitterrand, puisque Le Monde du 13 février m'apprend qu'il a décidé non eulement de ne pas publier, mais même de ne pas archiver un rapport qu'il avait pourtant commandé et qui lui a été remis. Quelle désinvolture à l'égard du Souverain !
(février 2012)
La réforme des retraites (suite)
Le 1er juillet, la réforme sarkozyenne des retraites est entrée en application, l'âge minimal du départ à la retraite est porté progressivement de 60 à 62 ans. Lors du débat, la propagande favorable à ce bouleversement avait martelé que la France était le seul pays d'Europe où cet âge minimal était de 60 ans.
Je suis allé rechercher la double page sur laquelle Le Monde (7 septembre 2010, supplément Économie, p. 4-5) exposait en détail où en étaient là-dessus nos voisins. En Espagne, l'âge légal était de 65 ans, avec le projet de le porter progressivement à 67, mais des préretraites existaient à partir de … 52 ans ! Il était question de relever cette limite à 58, mais ce n'était pas encore fait. En Italie, l'âge pour une pension de vieillesse était de 65 ans (60 pour les femmes), mais on pouvait dès 35 ans d'activité faire jouer un droit au départ avec une "pension d'ancienneté". Calculez à quel âge cela permettait de partir quand on avait commencé à travailler à 18 ans, ou à 20, ou même à 23 : avant 60 ans. Certes, une réforme en cours portera en 2013 à 40 ans la durée d'activité requise pour cette pension, elle permettra encore à ceux qui ont travaillé tôt de partir sans condition dès 60 ans, ou même avant pour certains.
Bien sûr, la prestation italienne ne porte pas le nom de "pension de retraite", c'est une "pension d'ancienneté", Prétendre que la France seule prévoyait la retraite à 60 ans n'était donc pas formellement un mensonge au sens le plus strict, mais on jouait sur les mots. Imposture ?
Nouvelle mauvaise surprise le 5 juillet. Se fondant sur la progression de l'espérance de vie relevée par le Conseil d'orientation des retraites, le gouvernement annonce une augmentation, pour les salariés nés en 1955 et plus tard, de la durée de cotisation exigible pour une pension au taux plein. La mesure se fonde sur une stipulation de la réforme de 2003 : on surveillerait l'évolution de l'espérance de vie à partir de 60 ans, et son allongement pourrait engendrer des rectifications. Or cette espérance vient de passer en quatre ans de 21,8 à 22,4 ans pour les hommes, de 26,7 à 27,2 pour les femmes. Il serait donc justifié d'augmenter proportionnellement la durée de cotisation.
On n'a "oublié" qu'un détail. Le point de départ du calcul, 60 ans, était en 2003 celui de l'âge légal de la retraite. Cet âge est en train de monter par paliers jusqu'à 62, en vertu de la récente réforme. Les natifs de 1955 ne pourront toucher leur retraite qu'à 61 ans et 8 mois. De ce fait, si l'espérance de vie à partir de 60 ans s'accroît effectivement, l'espérance de vie à partir de l'âge de la retraite va, elle, diminuer au cours des prochaines années. Nouvelle imposture ?
En complément, voici le texte envoyé au courrier des lecteurs du Monde le 8 juillet
Un silence destiné à abuser ?
Le plaidoyer de M. Xavier Bertrand, dans Le Monde du 8 juillet, m'a scandalisé, parce qu'il a passé sous silence un élément-clé du débat. Cette omission ne peut pas être involontaire.
"Le gouvernement, écrit-il, ne fait qu'appliquer la loi" lorsqu'il relève le temps de cotisation qui sera exigé des salariés nés en 1955, parce que l'espérance de vie au-delà de 60 ans a progressé. Mais si l'âge de 60 ans a en effet été pris pour référence dans la loi de 2003 qu'il invoque, c'était parce que l'âge légal de la retraite était alors celui-là. La loi de 2010 a changé la donne, et il est abusif de ne pas en tenir compte. Quand les salariés nés en 1955 arriveront à 60 ans, en 2015, ils devront encore attendre d'avoir atteint 61 ans et 8 mois pour toucher leur retraite. De ce fait, au cours des prochaines années, l'espérance de vie à partir de l'âge de la retraite ne va plus progresser, mais diminuer. Les gains absolus d'espérance de vie, entre un mois et demi et deux mois par an au mieux (ce fut le cas de 2006 à 2010 selon les statistiques de l'INSEE qu'on met en avant), seront inférieurs au recul de quatre mois infligé chaque année à l'âge légal du départ. Voilà ce dont la décision gouvernementale ne tient pas compte, et dont M. Bertrand a évité de parler.
Hospitalité
"Début avril, la petite Tunisie se battait pour accueillir dans la dignité et l'efficacité près de 225 000 réfugiés en provenance de Libye (soit 1 350 000 personnes à l'échelle de la France). Parmi eux 8 000 à 10 000 n'ont pas où aller, car originaires du Darfour, de Côte d'Ivoire ou d'autres pays en situation difficile. Au même moment, les pouvoirs publics français choisissaient de communiquer sur l'arrestation de 2 800 Tunisiens en situation irrégulière ! Je trouve cela indécent."
C'est une remarque d'Elyès Jouini, tunisien, dans le supplément économique du Monde, mardi 19 avril 2011.
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La campagne de Nicola Sarkozy a déjà commencé
On sait que les dépenses de campagne des candidats à l’élection présidentielle sont limitées par la loi. Les frais engagés par François Hollande et par d’autres pour leurs déplacements, leurs consultations, leurs meetings, sont dès maintenant comptabilisés. Mais quand Nicolas Sarkozy loue une salle de cinq mille fauteuils à Toulon, ou se déplace à l’usine nucléaire du Tricastin uniquement pour dire du mal devant caméras et micros des propositions de son principal compétiteur en matière de politique énergétique, non seulement c’est aux frais du contribuable, c’est-à-dire de vous et moi, mais cela n’entame point son pécule. Et pourtant tout le monde voit bien, et dit, qu’il est déjà en campagne. Il n’y a qu’un Laurent Wauquiez pour prétendre devant les caméras de France 2 que le Président ne faisait là que son métier de président.
On a même entendu ce 5 décembre ce Président, lors de sa conférence de presse commune avec la Chancelière, oublier un moment qu’il n’étaient là tous deux que pour essayer de sauver l’Europe et l’euro, et lancer une polémique contre son adversaire.
Lorsque le candidat Sarkozy, au plus près possible de l’élection, avouera officiellement sa candidature, son magot sera intact alors que celui des autres aura été largement entamé. Il pourra ainsi, dans cette dernière ligne droite, dépenser le double de ce dont disposera encore François Hollande. À nous alors de ne pas l’oublier.
Post-scriptum : la vraie position de F Hollande sur la transition énergétique se lit dans les archives du Monde, à l'adresse
Prières dans la rue
Les musulmans de certains quartiers de nos grandes villes ne disposent que de salles de prière étriquées, souvent dans des locaux mal adaptés. Alors, surtout lors de vendredis plus solennels, leur foule déborde au dehors, et elle étale ses tapis de prière sur la chaussée, obstruant la rue. Comment réagir à ce scandale de croyants contraints à de tels expédients ? La solution évidente serait que les musulmans de France puissent, à l'instar des catholiques ou des protestants, construire des lieux de culte suffisants en nombre et en ampleur, et que nous les y aidions, sans qu'il se signe des pétitions hostiles des voisins et que se multiplient les obstacles administratifs dès qu'il est question de bâtir une mosquée sur un terrain disponible. Mais non, certains font tout ce qu'ils peuvent pour s'opposer à l'égalité entre tous les croyants (si nous avons le droit d'avoir des clochers sur nos églises, la mosquée a le droit d'avoir un minaret !), et osent comparer ces débordements sur la rue à l'occupation nazie. Voilà une comparaison assez ignoble.
N.B. Quelques mosquées dignes ont pu effectivement être construites ces dernières année, à Evry, à Gennevilliers. C'est l'exception.
Deux ans de chômage en plus ?
Avant-hier, j'entendais au journal télévisé du soir une information : en France, parmi les personnes entre 55 et 60 ans, seules 56% seraient au travail. Et j'apprends dans la foulée que l'âge moyen de la cessation d'activité se situe chez nous à 58,8 ans. Ce qui implique qu'à 60 ans plus de la moitié des gens sont devenus inactifs. Comme bon nombre d'autres travaillent et travailleront au-delà de 62 ans (j'ai moi-même attendu 63) et ne seront pas affectés par le report de 60 à 62 ans de l'accès à la retraite, cela veut dire que la grande majorité de ceux qui subiront réellement l'impact de la mesure seront en fait, au jour de leurs 60 ans, déjà au chômage ou bénéficiaires de prestations cache-chômage comme une préretraite. Loin de les faire travailler et cotiser plus longtemps, et ainsi contribuer à l'équilibre du système, la réforme les fera simplement chômeurs 2 ans de plus.
Ainsi, une grande partie des dépenses économisées par les caisses de retraite du fait de ce report à 62 ans retombera sur l'allocation chômage. Cette prétendue réforme est sur ce point une imposture. François Fillon lui-même l'a implicitement avoué : lors d'une émission télévisée sur la 2, dont il était l'invité vedette, il a été interrogé sur ce que deviendront ceux qui entre 60 et 62 ans n'ont plus de travail, et il a répondu benoîtement qu'il conviendra en effet que les partenaires sociaux se saisissent du problème.
En Finlande, on a d'abord créé les conditions d'un bon emploi des seniors, avant de réformer les retraites. Faute d'en avoir fait autant chez nous, on accouche d'une réforme en trompe-l'œil. Et que dire de la schizophrénie de beaucoup de dirigeants d'entreprise ? Collectivement, par la voix du MEDEF, ils réclamaient ce report à 62 ans, mais individuellement plus d'un, en cas de problème pour ses affaires, débarque en priorité ou s'abstient d'embaucher les plus de 50 ou 55 ans.
(28 octobre 2010)
Retraites
Le report de 60 à 62 ans de l'âge auquel on peut prendre sa retraite ne changera pas grand chose à la carrière des salariés les plus aisés. Ceux-ci ont en général fait des études longues et n'ont commencé à travailler qu'à 23, 25 ans, voire plus tard. Pour obtenir une retraite pleine, beaucoup poursuivaient déjà leur activité au delà de 60 ans, et même de 62.
Ceux qui vont subir de plein fouet le report, ce sont ceux qui ont commencé à travailler dès 17 ou 18 ans sans avoir la chance (!) d'être reconnus handicapés, ils seront condamnés désormais à 45 ou 44 ans de travail, et cela souvent, vu leur qualification plus faible, dans des métiers manuels usants. Ils arrivaient déjà usés à 60 ans, ils le seront encore plus à 62, ce qui mordra encore plus sur leur espérance de vie.
Ainsi ce report, auquel tiennent tant nos maîtres provisoires, aggravera plus lourdement le sort de ceux qui vivaient déjà dans les conditions les plus difficiles, le sort des moins privilégiés et des plus démunis. Est-ce supportable ?
(7 octobre 2010)
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Vous pensez que ce que j'écris est tristement vrai ? Dites-le aussi. Merci.
Le Théâtre du Soleil était présent dans la manirfestation parisienne du 16 octobre (photographe : D. R.)
Faut-il interdire de prendre sa retraite avant 62 ans ?
Parmi les hommes et les femmes qui atteindront 60 ans en 2011, certains ont commencé à travailler à l'âge de 16 ans. Que le législateur s'en prenne à ceux qui, entrés dans la vie active à 25 ans et en bonne santé à 60, veulent se reposer après seulement 35 ans de travail et de cotisations, je le comprends et j'y consens, l'accroissement de l'espérance de vie le justifie, et il faut bien augmenter le nombre d'années exigibles pour une retraite à taux plein, cette augmentation est d'ailleurs déjà en train. Mais qu'on prenne prétexte de ces ajustements nécessaires pour édicter ou approuver une mesure générale qui contraindra ceux qui ont commencé dès 16 ans à travailler non plus 44 ans, ce qui était déjà beaucoup, mais 46, je trouve cela honteux. On parle certes d'aménagements au profit de ceux qui ont commencé avant 18 ans, mais même si cette promesse était tenue, il resterait 44 ans de travail pour celui ou celle qui est entré dans la vie active à 18 ans. Qui voudrait de cela pour lui-même ?
C'est d'autant plus honteux que ceux qui vont arriver à 60 ans dans la prochaine décennie appartiennent à des classes d'âge dans lesquelles l'enseignement supérieur ne concernait encore qu'une minorité, et que beaucoup dans cette génération-là ont commencé à travailler entre 16 et 20 ans, tandis que la grande majorité de ceux, ministres et parlementaires, qui s'apprêtent à aggraver leur sort ont fait des études supérieures et ont commencé à travailler bien plus tard, bref font partie de ceux qui continueront à pouvoir prétendre à une retraite après 40 ans d'activité, ou même moins.
N'oublions pas non plus que, plus on a commencé tôt à rejoindre le travail, plus il y a de chance que ce soit dans des métiers manuels usants qui ne laissent à 60 ou 62 ans qu'une espérance de vie écornée.
Et si nous le disions au député de notre circonscription ?
(juin 2010)
Cette note a suscité es commentaires :
Des lois précises encadrent l’action du gouvernement et des préfets lorsqu’il s’agit de la rétention et de l’expulsion d’étrangers. Dans certains cas, comme celui des clandestins débarqués en Corse, l’exécutif a voulu agir de manière plus expéditive. Un juge a dit le droit et libéré les personnes retenues illégalement. Ce rappel à la légalité n’a pas plu. Mercredi 31 mars, il a été présenté en Conseil des ministres un projet de loi destiné à désarmer les juges dans des cas semblables. Une telle réaction manque de dignité.
Si, quand le respect du droit gêne l’exécutif, on prend l’habitude de changer aussitôt la loi en comptant sur la complicité de députés aux ordres, si un juge qui applique la loi est désormais prévenu qu’en appliquant la loi il la met en danger, que devient l’Etat de droit dont notre pays était légitimement si fier ?
(avril 2010)
Lecteurs, à vos commentaires !
Satisfait de l'être, content que le sort m'ait fait naître ainsi, et sans désir d'aller chercher ailleurs, assurément. Mais fier ? Qu'un immigré qui a multiplié les efforts pour s'assimiler, et qui a peiné pour acquérir la nationalité française, soit fier de ce qu'il a obtenu, quoi de plus naturel ? Mais moi ? Né en France de parents tous deux français, me voilà doublement français sans avoir rien fait pour cela. Il serait absurde, et bêtement prétentieux, de me rengorger de quelque chose dont je n'ai été en rien responsable. Doit-on, peut-on être fier d'avoir tiré un bon lot à la loterie ou d'avoir reçu une belle maison en héritage ? Heureux, oui. Mais fier ? Cela n'a pas de sens.
4 décembre. J'apprends que lors d'un récent sondage IFOP, 41 % des Français sondés se sont déclarés contre la construction de mosquées dans notre pays, et 19 % seulement pour, les autres ne se prononçant pas. Ainsi chrétiens, juifs, bouddhistes, que sais-je encore, auraient droit selon ce sondage à des lieux de culte de leur confession, mais pas les musulmans ? Cette injustice, qui est aussi une entorse à la liberté religieuse que garantit notre laïcité, me heurte profondément.
20 décembre. L'Afghanistan n'est pas simplement un pays en guerre, c'est un pays où des terroristes kamikazes se font sauter au milieu d'un marché, où des tirs s'échangent dans les rues en n'épargnant pas les civils. Que le gouvernement de mon pays ait affrété deux charters pour renvoyer là-bas des clandestins afghans, cela fait mal. Le jour où l'on apprendra que l'un d'eux s'est fait tuer, que penseront d'eux-mêmes MM. Sarkozy, Fillon et Besson ? Et si on apprenait un jour que la colère a poussé un des expulsés dans les rangs des insurgés et qu'il tire sur nos soldats ? Est-ce beaucoup s'avancer que de penser que ceux qui les ont renvoyés ont agi en imbéciles et en irresponsables ?
A la fin du 6ème siècle avant notre ère, un prophète d’Israël écrivait :
« Parole du Seigneur Dieu : Crie à pleine voix ! Ne te retiens pas ! Que ta voix résonne comme le cor ! Révèle à mon peuple ses fautes. … « Nous jeûnons, me disent-ils, et tu ne le vois pas, nous nous humilions, et tu l’ignores ». Mais pendant que vous jeûnez, vous savez bien trouver votre profit, et vous poussez au rendement tous vos ouvriers. Oui, votre jeûne n‘est que querelle, coups de poing assénés sans pitié. Ce n’est pas en jeûnant comme aujourd’hui que vous ferez entendre là-haut votre voix. …
Le jeûne qui me plaît, n’est-ce pas plutôt ceci : -- Parole du Seigneur – desserre les chaînes injustes, relâche les attaches du joug, rends la liberté aux opprimés, brise tous les jougs, partage ton pain avec celui qui a faim, accueille chez toi le malheureux sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable.
Alors ta lumière jaillira comme l’aurore, et bien vite tes forces reviendront. Ta justice te précédera, et la gloire du Seigneur t’accompagnera. Tu appelleras, et le Seigneur répondra, tu crieras et il dira : « Me voici ».
(du Livre d’Isaïe, au chapitre 58)
31 octobre 2010 : attentat dans une église à Bagdad, 1er janvier 2011 : attentat à Alexandrie
Un de nos fils séjourne assez souvent au Maroc, et il est très engagé ici dans le dialogue entre musulmans et chrétiens (G.A.I.C., Groupe d'Amitié Islamo-Chrétienne). Voici son témoignage sur l'événement :
Attentats de Bagdad
62 morts, dont 46 chrétiens, 7 policiers, musulmans sans doute, venus à leur secours et les 9 assaillants, semeurs de terreur. 60 blessés. Bagdad, la ville des célèbres « cercles de controverse »… J’ai appris la nouvelle alors que je lisais « Un signe sur la montagne - Que vit-on à Notre Dame de l’Atlas ? » (Raymond Mengus, prêtre du diocèse de Strasbourg), un livre sur cette petite communauté trappiste au Maroc, avec laquelle j’ai eu le la joie de passer quelques heures et qui prolonge l’expérience spirituelle et de vivre ensemble de nos frères de Tibhirine.
Les terroristes sont bien renseignés, ils suivent l’actualité et connaissent leur « catéchisme » : une semaine après la clôture du synode des évêques d’Orient, à la veille de la fête catholique de la « Toussaint », à l’avant-veille de ce lendemain de Toussaint où les catholiques font mémoire de leurs défunts, de ceux que nous avons aimés, mais aussi « de tous les hommes qui ont quitté cette vie ». Deux jours après, dix bombes font encore des dizaines de morts et des centaines de blessés, cette fois dans les quartiers chiites de Bagdad. S’il fallait le prouver, ces nouveaux attentats démontrent que c’est tout le peuple irakien qui est martyr… Je me suis senti découragé. A quoi bon ? A quoi bon les efforts, de ces petits groupes de chrétiens et musulmans réunis, à Chambéry, Toulon, Montpellier, Lyon, Bordeaux, Poitiers, Châtenay, Evry, Nevers, Gennevilliers, au Mans, à Leicester, Bruxelles, Barcelone, Sarrebrück, Alger et dans tant d’autres lieux en France, en Europe et ailleurs ? Je voyais les questions, les reproches : « Vous et votre utopie », « Vous voyez bien, on vous l’avait dit ». Je m’attristais de l’exploitation qui pouvait être faite de ces attentats pour un regain d’islamophobie et de nouveaux ennuis pour mes frères et sœurs musulmans de France. Je voyais l’inquiétude resurgir pour mes frères et sœurs chrétiens de ces pays où les « collègues » des terroristes de Bagdad agissent aussi. Je me décourageais d’imaginer nos frères chrétiens d’Irak, qui peut être seront tentés, et on ne peut le leur reprocher depuis la France, de rejoindre en exil les 4,2 millions d’Irakiens (15 % de la population !), chrétiens, sunnites, chiites, kurdes, qui ont préféré quitter leur pays pour protéger leur famille. Et, comme pour me décourager plus encore, pas un mot dans la paroisse catholique où je me suis rendu pour la fête de la Toussaint… Pas une prière, pas un chant pour intégrer nos frères et sœurs d’Irak dans la longue litanie en l’honneur des saints, pas un mot lorsqu’à la fin de la prière eucharistique nous faisons mémoire des morts… Cela aurait peut être chamboulé le bel ordonnancement de la messe préparée plusieurs jours à l’avance…
Le réconfort est venu des messages de soutien du Président du Conseil Français du Culte Musulman, du recteur de la mosquée de Paris, du bureau de « la maison islamo-chrétienne », et de quelques autres, notamment de Myriam, coordonnatrice pour la France de la Semaine de Rencontres Islamo-Chrétiennes qui a aussitôt appelé Mgr Petrus Yussif, vicaire du patriarche chaldéen en France pour lui faire part de son émotion et organiser une rencontre « Passé, Présent et Avenir des chrétiens d'Irak » le 16 novembre.
« Comment peut-on, au nom de Dieu, tuer des personnes justement réunies pour prier Dieu ? » se pose aujourd’hui comme question le directeur de « Aide à Eglise en Détresse ». Au risque de perdre sa propre vie, Mohammed, le gardien musulman de Tibhirine a sauvé plusieurs vies, en ne contredisant pas le chef du groupe armé qui lui posait la question : « Ils sont bien sept ? » (En réalité, ils étaient neuf moines) et en ne parlant pas des religieux et religieuses qui se trouvaient être à l’hôtellerie. Cet ouvrier bosniaque musulman travaillant en Algérie a pu sauver trois de ses compagnons, chrétiens croates ; pour prouver sa foi musulmane, il a récité la profession de foi (la shahâdâ) et, sans hésitation, a ajouté : « Eux aussi sont musulmans ». L’émir Abd El Kader et sa suite ont protégé des milliers de chrétiens à Damas, acte pour lequel il reçut la grande croix de la Légion d’honneur et les remerciements du pape…
Et je me suis souvenu. Mon ami Khaled, musulman, parle de la Toussaint comme de la fête des « Amis de Dieu », pour lesquels nous devons nous réjouir « de tout ce que Dieu leur a offert ». La Toussaint, ce jour où « Mamie Jemma », arrière grand-mère musulmane de Meknès au Maroc, apporte des fleurs sur les tombes de ses voisins français décédés ; si jamais elle oubliait, le gardien musulman du cimetière saurait le lui rappeler ! Ce lundi, j’ai appelé Fatima, une des filles de « Mamie Jemma » et quand je lui ai dit que ce jour était la fête de la Toussaint, elle m’a dit : « Alors maman est partie au cimetière ! » ; Fatima, qui adolescente, dans les années 70, rentrant de l’école, a donné son manteau à un pauvre dans la rue : les sœurs franciscaines de son école lui avait parlé du Poverello d’Assise ; sa maman ne l’a pas grondée, bien au contraire et lui a donné un autre manteau en lui demandant de l’apporter à un autre pauvre. Quand Fatima a demandé à l’une des sœurs « Vous ne voulez pas que je devienne chrétienne ? », la sœur lui a répondu « Pourquoi vouloir faire de toi une chrétienne, alors que tu nous montres chaque jour que tu es une bonne musulmane ! Je ne demande au Seigneur qu’une chose : que tu demeures toujours ainsi ». Je peux en témoigner : 40 ans après, Fatima, maman « courage » est mieux encore qu’une « bonne musulmane » ! Merci à vous, Khaled, Jemma, Fatima, à ce gardien de cimetière que je ne connais pas, frère et sœurs en Dieu. Et à tous ceux que je connais sans les avoir cités.
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Avec humour et en toute amitié,
Christine Fontaine
Ce qu tu dis des privilégiés parmi les privilégiés est vrai, avec cette précision : les anciens des ENS qui prennent leur retraite actuellement sont loin d'être les seuls à jouir de cet avantage. Car quand ils ont fait leurs études, vers 1970, la majorité des nouveaux instituteurs sortait des Écoles Normales départementales avec le même avantage, et il en était de même parmi les nouveaux professeurs du secondaire public grâce aux IPES (Instituts de Préparation aux Enseignements du Second degré). La majorité des recrutés de l'enseignement public du début des années 70 était logée à cette enseigne, et les syndicats étudiants militaient non contre ces privilèges mais pour leur extension (revendication d'un présalaire étudiant). Puis la conjoncture politique s'est retournée, Giscard a supprimé les IPES en 1978, plus tard les Écoles Normales d'instituteurs ont été remplacées par un système moins avantageux. De cet élagage, les normaliens des ENS sont dans la fonction enseignante les seuls rescapés (il y en a dans d'autres ministères, aux impôts par exemple). On peut vouloir au nom de l'équité supprimer ce dernier vestige, mais à condition d'avoir conscience que l'on donne la main à l'achèvement d'une égalisation progressive par le bas. C'est sans doute la raison pour laquelle les syndicats enseignants ne réclament rien de ce genre.